"Fondation" œuvre collective pour un 1%


"Fondation" est le titre du projet mené par l'artiste Jean Denant 

pour le 1 % artistique du lycée technique Gallieni à Toulouse. Si la 

notion de collectif est invoqué dans le titre c'est dans la nature de 

ce qu'est une commande publique qu'il faut la retrouver. C'est nous, 

la communauté, par nos impôts directs ou indirects qui participons au 

financement de ce travail. "Fondation", œuvre collective pour un 1 %, 

est le titre de ce texte de présentation qui tente de définir les 

nombreux paramètres d'un projet en cours, sans toutefois en envisager 

ses aspects techniques mais en restant au plus près de l'intention de 

la projection.


Le travail artistique de Jean Denant se situe toujours dans un 

mouvement perpétuel rappelant le flot imparable d'une lutte en 

marche. Le champ lexical marxiste est totalement adapté à ses 

projets. Ici le mot travail n'est pas employé comme une coquetterie 

langagière du jargon pailleté de la fresh critique. L'artiste mène 

une œuvre basée sur deux points cruciaux : la passation de la mémoire 

au sein d'un système en profonde mutation et la possibilité ou non de 

bâtir encore des utopies sur des bases aux fondamentaux trop souvent 

maltraités.


C'est dans ce mouvement plastique reliant ces deux points que ce crée 

une construction symbolique bâtie à l'aide des matériaux les plus 

fragiles comme les plus innovants. Une œuvre qui se joue du monument 

en en saisissant la portée tout en en relativisant l’impact par un 

traitement à la solidité précaire. Une sorte d'anachronisme apparait 

dans la distorsion entre les matériaux au process novateur utilisés 

pour représenter des objets en état de décrépitude. Cette lutte en 

émergence contenue dans le travail de Jean Denant s'extirpe des 

espaces qu'il aménage entre la planéité et le relief, entre le récit 

et ses transcendances.


Nous le savons, l'être humain et ses civilisations sont aussi 

fragiles que le cristal et peuvent se briser au moindre choc. C’est 

désormais acquis, la représentation de l’homme contemporain passe par 

la technologie. Cela fait longtemps que la science fiction n'est plus 

la description exagérée de ce que nous vivons. Notre réalité a 

largement dépassé son imagination catastrophiste. Les robots peuvent 

maintenant fabriquer notre devoir de mémoire. Demain, celui qui 

déterrera nos objets du quotidien sera confronté à de sérieux 

problèmes de lecture pour découvrir au plus profond de ces débris de 

plastique, les 0 et les 1 sensés révéler ce que nous étions.


L'œuvre est discrète, cachée, elle est sous terre. Elle est humble 

dans sa posture. Nous la foulons de nos pas, mais ambitieuse dans ses 

visées, elle convoque dans le même temps mémoire et futur. Pensé pour 

être dans la cour du lycée, un sol de verre, dévoile et protège une 

excavation qui fait émerger ce qui ressemble à des vestiges d'outils. 

Un bras de pelleteuse mécanique, anthropomorphisme évident, gît sur 

le côté. Étrange paradoxe que de retirer du limon l'outil fait pour 

creuser, va et vient troublant entre celui qui creuse sa propre tombe 

et celui qui déterrera le corps avec cette même pelle. Le crépuscule 

hanté de notre ère industrielle moribonde, donne aux artistes la 

possibilité d'assoir deux postures: une ironie feinte ou naïve, ou 

tenter, en évitant toute complaisance, d'irriguer notre pensée par un 

travail de mémoire à dessein prospectif.


L'implantation du travail de Jean Denant au sein d'un établissement 

d'enseignement endosse cette responsabilité avec subtilité. À 

l'endroit même de la transmission et de la formation, ces outils du 

bâtiment et des travaux publics réapparaissent dans un geste simple 

qui montre et représente dans le même temps. En évitant l'écueil de 

l'érection de l'œuvre et sa compétition avec l'ouvrage architectural, 

il parvient, en dissimulant son objet, à faire tenir à ces vestiges 

représentés, un discours pontifiant. L'œuvre n'est pas à la parade, 

elle se terre et se déterre dans un même élan. Si un 1 %  est 

implanté aujourd'hui au Lycée Gallieni,  c'est qu'il a été détruit le 

21 septembre 2001 comme beaucoup d'autres bâtiments de ce quartier 

toulousain par l'explosion de l'usine chimique AZF. C'est un lycée où 

sont enseignés les métiers de l'automobile et de la robotique.


La pièce qui y est projeté est sous dimensionnée, c'est une maquette, 

certes de 4m par 4m, mais une maquette. Le procédé de 3D numérique 

utilisé accentue l'origine même de la fin de ce qui y est représenté. 

Ces vestiges éparpillés du monde du travail actuel s'extirpent 

difficilement d'un magma à la régularité filaire angoissante. Sur la 

dalle transparente, le regardeur foule des fouilles mises à jour et 

conservées telles quelles. Traces pétrifiées, laissées à l'endroit 

exact de leur découverte. Une imprimante en trois dimensions 

reproduit à plus petite échelle des outils manuels au destin 

incertain. La gangue dont ils s'extirpent est de la même matière, le 

sol et les outils forment un tout, la mémoire est figée, révélée, 

conservée. C'est là toute la difficulté. Vestiges d'une civilisation 

qui n'est pas encore ensevelie mais au devenir fragile. Ceux qui 

visitent Pompéi sont saisis par la solennité de l'endroit. La gravité 

qui s'en dégage et la proximité troublante que nous pouvons ressentir 

avec les victimes d'une catastrophe naturelle vieille de près de XXI 

siècle, prouvent la force de ce témoignage visuel.


Jean Denant a choisi de mettre en place ce travail reposant sur 

l’hypothèse d'un jeu de mémoire confronté à un lieux marqué par à un 

événement violent mais fort d'une mission éducative positive. Cette 

sculpture publique est une œuvre collective dans sa réception. A la 

fois propriété de tous et de chacun et tout particulièrement des 

élèves et des personnels qui sont la vie du lycée. Ce réceptacle 

mémoriel veut faire prendre conscience de l'importance du devoir de 

transmission et de l'attention que nous devons porter à la mémoire 

prolétaire en train de s'étioler. L'œuvre ici n'est ni monument, ni 

commémoration, mais elle a l’ambition à travers notre regard, de 

devenir outil de mémoire.


Manuel Pomar.

"Fondation" œuvre collective pour un 1%

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